Les crises énergétiques et géopolitiques se succèdent, et toutes racontent la même chose : notre dépendance aux énergies fossiles est une impasse dangereuse dont il est urgent de s’extraire.
Guerre en Ukraine hier, embrasement du Moyen-Orient et bataille d’Ormuz aujourd’hui… et toujours les mêmes conséquences : flambée des prix de l’énergie, instabilité des marchés, incertitude pour les particuliers comme pour les entreprises. Autant de signaux qui rappellent brutalement à quel point nos économies restent vulnérables du fait de leur dépendance au pétrole, au gaz et au charbon. Vulnérables aux chocs géopolitiques, vulnérables aux décisions prises à des milliers de kilomètres, vulnérables à des marchés dont nous ne maîtrisons ni les règles ni les prix.
Cette dépendance ne nous enferme pas seulement dans une trajectoire climatique mortifère. Aujourd’hui, chacun peut en constater concrètement les effets : elle pèse directement sur le pouvoir d’achat de nos concitoyens, fragilise nos entreprises, déstabilise nos approvisionnements énergétiques et limite notre capacité d’action sur la scène internationale. Elle nous lie à des équilibres géopolitiques instables, dont nous subissons les conséquences sans en maîtriser les causes.
Face à cela, nous avons le choix : celui de sortir des énergies fossiles mortifères. Sortir des énergies fossiles est une urgence écologique, mais également une nécessité énergétique, économique, sociale et géopolitique.
Plutôt que de subir, il est plus que temps d’agir ! Agir sur le sol national en faisant de la sobriété et de l’efficacité énergétique notre moteur. Mais cette action nationale doit aller de pair avec une action résolue à l’international. Sortir des fossiles c’est agir pour la paix !
Or, la COP 30, qui avait été placée sous le signe de la sortie des énergies fossiles, s’est révélée être un échec. Elle n’a pas permis d’aboutir à une feuille de route effective et collective. Ni cap partagé, ni calendrier crédible, ni engagement à la hauteur de l’enjeu. Et pendant ce temps, la production mondiale de pétrole et de gaz continue d’augmenter, les prix s’envolent, les majors fossiles accumulent des profits records, et la planète continue de brûler.
Pour autant, face à cet échec, la Colombie a décidé de prendre ses responsabilités en organisant, du 24 au 29 avril 2026 à Santa Marta, la première conférence internationale dédiée à la sortie des combustibles fossiles. Un rendez-vous inédit, crucial, pour relancer une dynamique internationale aujourd’hui en panne.
La France aurait dû être au premier rang. Elle avait été invitée à co-présider cette conférence, aux côtés de la Colombie, en tant que présidente du G7 cette année. Une opportunité majeure pour à nouveau peser sur les négociations internationales et impulser une dynamique nouvelle. Mais aucune réponse n’a été apportée… Pire, alors que la Conférence doit se conclure ce mercredi 29 avril, aucune position claire du Gouvernement français n’a été rendue publique.
Ce silence interroge. Et il inquiète, quand l’exécutif, dans l’Hexagone comme à Bruxelles, tergiverse bien trop souvent, abandonne, voire pire recule en matière d’actions écologiques..
Car, dans le même temps, le Parlement français a, lui, pris ses responsabilités. Le 4 février dernier, l’Assemblée nationale a adopté une résolution pour réaffirmer l’ambition climatique de la France. À cette occasion, un amendement appelant explicitement le Gouvernement à s’engager pleinement pour accélérer la sortie des fossiles, notamment à Santa Marta, a été adopté avec un avis favorable du ministre délégué chargé de la Transition écologique, Matthieu Lefèvre.
Le message était clair : le pouvoir législatif a tracé une ligne. Il attend désormais des actes de l’exécutif.
À Santa Marta, la France doit donc se positionner et s’engager réellement.
Elle doit porter une vision claire : celle d’une sortie progressive, planifiée, juste et irréversible des énergies fossiles. Elle doit défendre des mesures concrètes et structurantes.
Cela suppose de porter, au niveau européen et international, la mise en place de mécanismes de contribution des acteurs les plus pollueurs, notamment à travers une taxation des superprofits des grandes entreprises fossiles, afin de financer la transition.
Cela suppose aussi de défendre la fin des subventions aux énergies fossiles et de réorienter ces financements néfastes vers des politiques de transition juste, protégeant les ménages les plus vulnérables et accompagnant les transformations économiques nécessaires.
Et cela suppose également d’assumer pleinement la responsabilité des pays industrialisés dans la crise climatique, en contribuant financièrement à la réparation de la dette climatique des pays du Sud global. Sans ce soutien, aucune transition globale ne sera possible.
Dans le contexte que nous vivons, la conférence de Santa Marta dépasse largement le cadre d’un rendez-vous diplomatique. Il s’agit de notre capacité collective à prévenir de futures crises énergétiques et géopolitiques, à protéger nos sociétés et à répondre à l’urgence climatique.
La France a les moyens d’être à la hauteur. Encore faut-il qu’elle en ait la volonté. Nous sommes à un moment décisif. Elle ne peut plus rester en retrait, ni bricoler, toujours trop tard et trop peu, pour finalement subir.
Julie Laernoes et Cyrielle Chatelain
