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Crise énergétique : enfin, l’évident s’impose. Il est maintenant urgent d’agir !

La crise énergétique et les tensions sur le commerce international provoquées par le conflit engagé par les Etats-Unis et Israël au Moyen-Orient ont désormais des conséquences très concrètes sur notre économie et notre vie collective. Derrière les chiffres, ce sont des vies qui basculent : des ménages contraints de rogner sur leurs dépenses essentielles, des agriculteurs étranglés par le coût du carburant, des pêcheurs à quai, des entreprises fragilisées. 

Cette situation agit comme un révélateur brutal. Mais au fond, elle n’est ni une surprise, ni une fatalité. Elle est le symptôme d’une dépendance que nous dénonçons depuis des décennies : une économie addicte aux énergies fossiles. Une addiction qui n’est pas seulement incompatible avec l’impératif climatique, mais qui constitue aussi une menace directe pour la paix, pour notre souveraineté économique et pour notre capacité à vivre dignement.

Et pourtant, combien de fois avons-nous prévenu ? Depuis des années, nous écologistes, nous alertons. Depuis des années nous proposons des alternatives. Et depuis des années, nous sommes moqués, ou tout simplement ignorés, ou bien encore renvoyés à une prétendue radicalité et à de l’irréalisme.

Les faits s’accumulent. Cette crise n’est pas nouvelle. En 2022 déjà, au moment de la guerre en Ukraine, alors que notre approvisionnement énergétique en gaz vacillait et que les failles de notre modèle nucléaire apparaissaient au grand jour, nous appelions à un tournant. Nous demandions des mesures structurelles pour sortir des fossiles, accélérer les énergies renouvelables, investir massivement dans la rénovation thermique, transformer nos mobilités, repenser notre modèle agricole, industriel et de consommation.

Mais ce tournant n’a pas eu lieu, au contraire. À la place, le gouvernement a bricolé dans l’urgence, en substituant une dépendance à une autre. Au gaz russe, il a préféré le gaz de schiste américain, en autorisant la construction d’un port méthanier flottant au Havre. À la sobriété choisie, il nous a opposé la sobriété contrainte et forcée, avec comme figure de proue le ministre de l’Économie en col roulé. Le gouvernement a même fait augmenter les quotas de CO2 à relâcher dans notre atmosphère afin de prolonger le recours au charbon et multiplié les signaux contradictoires, préférant des réponses court-termistes à des transformations durables.

Pire encore, les gouvernements de Monsieur Macron n’ont cessé de reculer depuis. Ces dernières années ont en effet été marquées par un recul préoccupant des politiques écologiques : les dispositifs d’aide à la rénovation ont été changés, suspendus, coupés. Le fonds chaleur, pour sortir de la production de chaleur à partir de gaz fossile, s’est vu raboté. L’agence de la transition écologique, l’ADEME, a failli être supprimée. Le Fonds vert, pour soutenir les investissements écologiques des collectivités, a drastiquement diminué. Le leasing social des véhicules électriques, pourtant plébiscité, a été stoppé net, et les investissements dans le ferroviaire ont été arrêtés. L’écologie est devenue une variable d’ajustement, sacrifiée au gré des vents politiques réactionnaires.

Et pourtant. 

Hier, face à la flambée des prix de l’énergie et à l’aggravation des tensions internationales, le Premier ministre Lecornu a annoncé un futur plan d’électrification des usages et de sortie progressive des énergies fossiles. Cette annonce marque, à tout le moins, une prise de conscience. Elle acte, enfin, ce que nous affirmons depuis le début. Oui, il faut sortir des fossiles. Oui, il faut accélérer. 

Le gouvernement reconnaît aujourd’hui, dans les faits, que les écologistes avaient raison. Raison de dire que notre souveraineté énergétique ne se décrète pas à coups de chèques carburant, mais se construit en réduisant notre dépendance aux importations de pétrole et de gaz. Raison de dire que les réacteurs nucléaires ne permettent ni de réduire dès maintenant la part majeure des énergies fossiles dans notre mix énergétique, ni de cesser dès aujourd’hui de consacrer 60 milliards d’euros d’importations à ces énergies, ni de protéger les Français des chocs énergétiques. Raison de dire que la sobriété, l’efficacité énergétique et les énergies renouvelables sont la seule nécessité stratégique.

Mieux vaut tard que jamais. Mais le temps perdu ne se rattrapera pas avec des demi-mesures. Maintenant il faut agir. Et agir à la hauteur de l’urgence.

Car si l’électrification est un levier essentiel, elle ne saurait constituer l’unique réponse. Elle suppose d’abord de produire davantage d’électricité « décarbonée », rapidement. Sur ce point, les énergies renouvelables sont aujourd’hui les seules capables d’être déployées à grande échelle dans des délais compatibles avec la crise que nous traversons. Continuer à freiner leur développement serait une faute stratégique.

Surtout, la transition suppose d’investir massivement pour consommer moins et consommer mieux d’énergie en investissant dans la rénovation énergétique de nos logements, dans les transports collectifs et le ferroviaire ; en soutenant les mobilités actives quand cela est possible, comme avec le vélo ; en relocalisant nos activités ; en transformant nos modèles de production et de consommation ; en engageant des politiques ambitieuses et justes de sobriété énergétique. Car remplacer chaque usage fossile par un usage électrique sans repenser nos besoins reviendrait à déplacer le problème sans le résoudre.

Enfin, tout cela exige des moyens. Et la contrainte budgétaire ne saurait servir de prétexte à maintenir l’inaction. La vérité, c’est que les moyens existent. Ce qui manque, c’est la volonté politique. On ne peut pas appeler à des efforts tout en maintenant des avantages fiscaux pour les secteurs les plus polluants. On ne peut pas invoquer la contrainte budgétaire tout en refusant de mobiliser les leviers existants. Il est temps de cesser de subventionner les énergies du passé. Il est temps de mettre fin aux niches fiscales climaticides, de faire contribuer les acteurs qui ont profité de la crise, de réorienter nos investissements publics vers des infrastructures compatibles avec nos objectifs climatiques.

Je le disais en introduction, la crise actuelle agit comme un révélateur. Elle confirme le caractère prévisible et évitable de notre vulnérabilité. Elle valide, point par point, les alertes que nous portons depuis des décennies.

Maintenant, nous n’avons plus le luxe d’attendre. Si le gouvernement a aujourd’hui une « lueur de lucidité », alors qu’il aille au bout de cette logique. Qu’il cesse les hésitations. Qu’il assume enfin une véritable rupture avec les énergies fossiles. 

Car il ne s’agit plus seulement d’écologie. Il s’agit de notre indépendance. Il s’agit de notre économie. Il s’agit de notre avenir collectif. 

Et, oui, il s’agit aussi de reconnaître que celles et ceux qui alertent depuis des années n’étaient ni excessifs, ni marginaux, mais simplement lucides. À présent, au gouvernement d’être à la hauteur.

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