Refuser faux semblants et boucs émissaires
On ne mate pas un mouvement de cette ampleur par la répression et la matraque. Les Françaises et les Français étaient nombreux samedi dernier dans les rues de nos villes. Très nombreux. Un mouvement de cette ampleur là, il faut prendre le temps de le comprendre et d’y répondre de manière claire et affirmée : la réponse ne peut être que sociale et politique. Le traitement tout sécuritaire choisi par le gouvernement est une grave dérive pour notre État de droit, qui désigne des boucs émissaires et choisit sciemment d’invisibiliser les revendications des manifestant·es pour des conditions de vie et d’étude dignes. Qui est vraiment en train de déraper ?
Contrairement à ce que veut nous faire croire le gouvernement, la grande majorité des mobilisations du samedi 17 octobre se sont déroulées de façon apaisée. Reste que certains endroits ont été marqués par des violences. Des violences physiques d’abord puisqu’un adolescent a perdu sa main à Saint-Etienne, tandis qu’une adolescente a été éborgnée à Mulhouse. Je suis profondément indignée par ces violences policières et par la doctrine de maintien de l’ordre. A Nantes par exemple, la manifestation avait à peine commencé que les forces de l’ordre usaient à grand renfort de gaz lacrymogène et de grenades. Partout dans le pays, les manifestant·es ont été nassé·es, gazé·es, molesté·es.
Les dégradations matérielles ensuite, car il y a eu beaucoup de dégâts matériels. A Nantes, comme ailleurs, l’hôtel de ville a été attaqué, des commerces ont été pillés. Je condamne bien évidemment ces violences et tiens à apporter mon soutien aux commerçants qui ont été touchés par des dégradations et vols. Ces faits sont inacceptables.
Dans quel contexte social cette manifestation d’une ampleur inédite a-t-elle eu lieu? Celui d’une dégradation documentée des conditions de vie ces 10 dernières années et d’une augmentation continue des inégalités. Puisque sous Macron, la violence d’Etat envers les plus vulnérables est quotidienne. Ajoutée à cela, la légitime détresse de notre jeunesse, qui se bat pour ses conditions d’émancipation et d’apprentissage et qui a reçu en réponse que des coups de matraque et vous avez là les fondements d’une société qui va très mal. Comprendre ce contexte ne signifie pas justifier les violences, mais plutôt de refuser de détourner le regard de leurs causes. Car nous n’apaiserons rien avec des coups de menton. Apaiser la société, c‘est savoir l’écouter, c’est savoir agir. Le dernier budget de l’ère Macron, en discussion actuellement à l’Assemblée, doit intégrer des réponses concrètes aux demandes légitimes formulées.
Or, je constate avec colère que c’est exactement ce que le gouvernement choisit de faire. Loin de s’intéresser sincèrement aux revendications des manifestant·es, il continue de faire preuve d’incompétence et d’amateurisme, se faisant complice d’une inversion dramatique des faits et de la réalité. Sa technique est simple : concentrer l’attention sur les violences matérielles, en accusant “l’ultra gauche” d’être responsable. Peu importe que la procureure de Paris lui donne tort ou que Mediapart révèle des témoignages qui soulèvent de sérieuses interrogations sur l’indépendance du travail du renseignement territorial (RT) et d’éventuelles pressions politiques exercées. Les boucs émissaires sont tous trouvés. Qu’en est-il de la légitimité de ce gouvernement qui transforme les faits et vérités, afin de masquer ses propres manquements et défaillances ?
Car il ne fait aucun doute que la politique du maintien de l’ordre de samedi a mis en danger manifestants-es, commerçant-es, pompiers et forces de l’ordre. Une commission d’enquête sur les violences qui ont été celles du 17 octobre a été décidée à l’Assemblée nationale, et le gouvernement devra rendre des comptes sur la doctrine du maintien de l’ordre qui a mené au fiasco du 17 octobre.
Les propositions des Ecologistes pour répondre à ces crises
Mais le cœur de la mobilisation du 17 octobre n’est pas là. Elle se trouve dans les revendications que portent ces centaines de milliers de personnes défilant dans nos rues. Notre urgence à nous est d’y répondre sérieusement, à travers des politiques publiques sociales, économiques et écologiques. Avec mes collègues écologistes, afin de répondre à ces crises sociales et financières, nous proposons :
En ce qui concerne l’éducation :
- Abroger Parcoursup
- Recruter dès cette année, 5 000 nouveaux enseignant·es et encadrant-es.
- Rénover dès cette année les bâtiments scolaires, à hauteur de 5.2 milliards d’euros par an et pendant dix ans
En ce qui concerne le pouvoir d’achat :
- Imposer 100 aliments sains à prix coûtant et bloquer les marges de la grande distribution en outre-mer
- Bloquer les marges de raffinage et de distribution des carburants et taxer les surprofits pétroliers
- Renforcer le leasing social pour ne plus trembler à chaque hausse des prix des carburants
- Dégeler les APL et encadrer les loyers
En ce qui concerne le maintien de l’ordre :
- Organiser le dialogue
- Mettre fin à un usage de la force indiscriminé
- Miser sur la transparence : RIO visible, publication des schémas de maintien de l’ordre
- Démilitariser le maintien de l’ordre
