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« 35°, 35 par classe, mais le problème c’est nos téléphones »

Ce slogan, c’est celui écrit sur l’une des pancartes qu’on pouvait voir aux abords du Lycée Jean Perrin à Rezé ces derniers jours. Aux côtés d’autres slogans, comme « « Pas fainéants, juste pas écoutés »  ou encore « Occupez-vous de la santé mentale des jeunes, pas des téléphones », ils sont les signes d’un malaise profond des lycéen•nes et le résultat des politiques libérales menées par les gouvernements macronistes en matière d’éducation. 

«Tu casses, tu répares. Tu salis, tu nettoies. Tu défies l’autorité, on t’apprend à la respecter » disait Gabriel Attal en 2024, alors Premier ministre. Les macronistes n’ont cessé de vouloir renforcer les stéréotypes autour de la jeunesse, et notamment de celle venant de quartiers populaires. Détournant, de fait, l’attention du problème réel : le sous-investissement dans le service public de l’éducation. En parallèle, le mythe de la méritocratie battait son plein : peu importe son milieu social d’origine ou bien sa couleur de peau, réussir ne serait qu’une question de volonté.

Ce mythe méritocratique provoque un profond malaise au sein de la jeunesse. Et à raison. Malaise face à la santé mentale, alors qu’un jeune sur cinq déclare avoir eu des pensées suicidaires au cours des douze derniers mois. Malaise face à l’avenir, incarné notamment par Parcoursup, une plateforme qui détermine qui pourra accéder ou non à l’enseignement supérieur, favorisant sans surprise ceux et celles déjà favorisé·es. Et puis quel avenir, face à un réchauffement climatique qui s’accélère. Malaise, enfin, face aux conditions d’enseignement : des professeur·es non remplacé·es pendant des mois, parfois en pleine année de bac ; des bâtiments indignes, avec des trous au plafond et des seaux pour récupérer l’eau ; des toilettes plongées dans le noir faute de lumière ; pas de chauffage l’hiver et pas de rideaux pour se protéger des fortes chaleurs. Quel symbole, et quel avenir pour la jeunesse ?

Face à ce malaise, la seule réponse de l’Etat est répressive. Envoyer les forces de l’ordre sur les lieux de mobilisation afin de terroriser les élèves : si ce n’est pas une politique visant à intimider et à discipliner les futur·es citoyen·nes, qu’est-ce donc ?  Les images de ces derniers jours sont insupportables : des CRS qui chargent des lycéens et lycéennes, des jets de gaz lacrymogène, des témoignages de lycéen·nes tabassé·es, étranglé·es par la police. Quel message l’Etat envoie-t-il aux lycéennes et lycéens pacifiquement mobilisé·es, celles et ceux qui vident leurs gourdes dans les poubelles incendiées? Car oui, aujourd’hui, cette mobilisation légitime de notre jeunesse a été perturbée par des personnes extérieures qui visaient seulement à détruire. Et on ne peut que déplorer les dégradations qui ont été commises. Mais ces comportements ne sauraient êtres confondus avec les revendications légitimes portées par la très grande majorité des lycéen·nes mobilisé·es. 

Emmanuel Macron et le gouvernement devront répondre de cette politique anti-démocratique du maintien de l’ordre qui porte atteinte au droit de la jeunesse à se mobiliser et à faire entendre sa voix. Cette répression organisée au plus haut sommet de l’Etat, ne fait qu’asseoir et normaliser l’usage de la force, jusqu’à banaliser des pratiques qui caractérisent les régimes autoritaires. 

Comme le dit si bien le président de l’Union Syndicale des Lycéens « Nous avons dépassé une ligne rouge. On éborgne la jeunesse comme ils ont fait avec les gilets jaunes ». 

À l’opposé de ce qu’applique le gouvernement, ces jeunes ont besoin d’accompagnement et surtout de moyens. Car la réalité de l’enseignement en France, ce sont des baisses de moyens successives, des classes surchargées, 10 000 suppression de postes d’enseignant·es dans les collèges et lycées sous Macron, dans la continuité de celles initiées sous Sarkozy, une absence de revalorisation de salaires, un « prof washing » constant. Les constats du sous-investissement chronique des gouvernements successifs de ces dernières décennies sont alarmants. Et ce sont nos jeunes qui en payent le prix aujourd’hui. 

Ce n’est donc pas un hasard si, lors de la réunion que j’organisais mardi dernier sur les moyens et les missions accordés à l’école publique, enseignant·es et parents d’élèves échangeaient autour de propositions concrètes : lutter contre le tri social des élèves, limiter le nombre d’élèves par classe, investir massivement dans la rénovation du bâti scolaire face aux canicules, revaloriser les salaires des enseignant·es ou encore créer un véritable statut dans la fonction publique pour les AESH.

Exiger que le gouvernement prenne en compte les revendications de la jeunesse et investisse dans le service public de l’éducation est fondamental. Rappelons simplement que ces jeunes souhaitent accéder à un enseignement de qualité, pour toutes et tous, sans subir des logiques de tri social. Il est de notre devoir, en tant que société, de nous opposer pleinement à un système éducatif à plusieurs vitesses. Tout mon soutien aux lycéens et lycéennes mobilisé·es. 

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