Trajet, c’est un travail de titan au service des personnes en situation de précarité et d’exclusion. Et un engagement toujours sur le fil du rasoir question budget. En toute humanité, l’association accompagne chaque jour 1250 personnes à travers l’hébergement d’urgence, l’accès au logement, la formation et l’accès à l’emploi. Je suis allée à sa rencontre en cette rentrée de septembre.
Ça fait mal au cœur, mais ça fait un bien fou d’aller rencontrer les équipes de Trajet, l’association basée à Rezé qui intervient sur le territoire de Nantes Métropole et du Pays de Retz. Plus d’une centaine de travailleurs sociaux qui ne se plaignent pas, sourient et rient même souvent en racontant les petites aventures et mésaventures qui font leur quotidien.
Ce qui fait mal au cœur, ce sont pourtant les situations terribles et poignantes des personnes qu’ils et elles accompagnent, toujours plus nombreuses, toujours plus précaires, toujours plus abîmées ou empêchées par les accidents de la vie et les addictions.
L’aggravation continue de la crise du logement des plus précaires…
Ce qui fait mal au cœur, ce sont les difficultés récurrentes rencontrées chaque année par l’association, sur chaque dispositif, ancien ou nouveau, même s’il a démontré son efficacité. C’est l’exemple de la mise en place d’un accompagnement en appartements d’une cinquantaine de personnes sortant d’hôpital psychiatrique, soutenues par un travailleur social et un infirmier en psychiatrie. Une solution innovante qui est plébiscitée médicalement, qui coûte financièrement et humainement bien moins cher que l’hospitalisation brute… mais dont le maintien durable n’est pas assuré.
Ce qui fait un bien fou, c’est d’apprendre le succès des dispositifs d’insertion de l’association. Ce qui fait un bien fou, c’est de découvrir qu’en partenariat avec Nantes Métropole, le Département et de nombreux bailleurs sociaux, l’association gère en sous-location plus de 450 logements sur 23 communes, qu’elle propose en solutions de logement temporaire. Ce qui fait du bien, c’est de savoir que Trajet dispose de neuf logements de mise en sécurité pour les femmes victimes de violence (en lien avec Solidarités Femmes et Citadelles), ainsi que d’un dispositif d’éviction des auteurs de violence…
Notre enjeu, c’est de rester engagés à leurs côtés
Ce qui fait mal au cœur, c’est l’aggravation continue des conditions d’accompagnement et de logement des plus précaires. C’est la crise du logement, qui n’en finit pas de s’installer, ce sont les demandeurs d’emploi, les réfugié-es, toujours plus nombreux à vivre dans la rue. La réduction en cours et annoncée des budgets sociaux publics, mais aussi la crise globale du pouvoir de vie d’achat : ce terrible contexte touche d’abord et plus durement les populations déjà plus précaires et plus fragiles. Depuis la crise du Covid, on observe chez Trajet, avec tristesse, à la fois la hausse soutenue du nombre des personnes en situation d’exclusion et de multi-addictions, alors que les financements ne sont jamais au bon niveau.
Ce qui fait mal au cœur, c’est que Trajet existe depuis plus de quarante ans, et qu’on n’est pas prêt de voir son activité péricliter. Ce qui fait du bien, c’est d’observer des équipes au travail et qui jamais ne renoncent. Au contraire. Ce qui les fait avancer ? « On tient sur nos valeurs ! » Humanisme, respect, solidarité, innovation sociale… Il est essentiel que nous tous, à l’échelle de nos moyens et de nos responsabilités, sachions nous engager sans faillir à leur côté. Ce qui fait du bien c’est de savoir qu’ils et elles sont pleinement et mobilisé-e-s sur notre territoire.
L’association Trajet, à elle seule, ne peut changer le cours des choses. C’est à l’Etat de prendre ses responsabilités et d’agir, notamment parce que l’hébergement d’urgence relève de sa compétence. Il brille toutefois par son inefficacité. Depuis 15 ans, le nombre de personnes sans abri en France a quasiment triplé, passant de 143 000 en 2012 à 350 000 en 2024. Et les politiques libérales de Macron n’y sont pas étrangères : baisse des moyens alloués aux solidarités, manque d’investissement dans le parc social, suppressions de places en hébergement d’urgence… A défaut d’action de la part de l’Etat, certaines municipalités essaient tant bien que mal de prendre le relai. Ce n’est toutefois pas suffisant, il en va de notre humanité que d’ouvrir le nombre de places nécessaires en hébergement d’urgence, d’encadrer les loyers et d’investir dans le parc social.
Contact Trajet : https://asso-trajet.fr